Une enquête des soeurs Brontë ou le perfect cosy crime

12 Oct 2021 | Chroniques

Une enquête des soeurs Brontë : la mariée disparue de Bella Ellis (Septembre 2021, éditions Hauteville)

Les sœurs Brontë s’ennuient dans le prestataire où elles habitent avec leur père et leur frère depuis le mort de leur mère et de leurs sœurs.

Charlotte a le cœur brisé à cause de son précepteur, duquel elle était éperdument amoureuse « En dépit du soin avec lequel elle y avait dessiné les contours de son cœur brisé et imploré une miette, rien qu’une miette de miséricorde, il n’avait jamais répondu ».

La sage Anne a perdu son emploi de gouvernant à cause de son frère qui a séduit l’épouse de leur employeur. Une injustice qu’elle n’arrive pas à digérer d’autant que Brandwell a été payé « vingt livres pour partir et moi, forcée de démissionner, je n’en reçois que trois. »

Quant à la malicieuse Emily, elle ne tient pas en place et veut voir le monde « j’en ai assez d’être prisonnière de la pluie et j’en ai assez de rester dans cette maison. Libérez-moi, que je puisse aller me tremper et me geler les pieds ».

Alors quand elles entendent qu’une femme a disparu à deux pas de chez elles, elles décident de mener l’enquête. Dans un monde dominé par les hommes, cette pauvre femme qui a laissé derrière elle un bain de sang sera sans doute vite oubliée. C’est sans compter sur l’énergie et l’intelligence des sœurs Brontë qui s’affranchiront des bonnes manières pour résoudre cette première enquête.

Un décor à vous glacer le sang

Rowan Coleman écrit sous le pseudonyme Bella Ellis, lui-même emprunté aux pseudonymes d’Emily (Ellis) et d’Anne (Bell). Premier hommage de l’autrice à ces sœurs écrivaines. L’admiration de l’autrice pour l’œuvre des sœurs Brontë lui permet de jouer parfaitement avec les codes de leurs romans.

Le décor lugubre de ce roman rappelle l’atmosphère des romans gothiques à la mode de l’époque des Brontë, « dehors la pluie tomber à verse, s’abattant contre les fenêtres du presbytère comme des poignées de cailloux. En contrebas, Haworth se blottissant pour résister aux bourrasques. C’était un été typique du Yorkshire. » La maison de Chester Grange dans laquelle s’est déroulé le drame est tout aussi inquiétante « Anne ne pouvait s’empêcher de songer que ces escaliers et ces couloirs dérobés offraient autant d’occasions de se débarrasser d’un corps sans être vu. ».

À l’image de Heathcliff dans Les hauts de Hurlevents, M. Chester cache un homme féroce « un homme qui n’attendait que de surgir dès l’instant où il a ramené une nouvelle épouse à la maison. »

Entre fiction et réalité

La fine connaissance de Rowan Coleman de la vie des sœurs Brontë donne au roman une dimension supplémentaire.

Dans une interview, elle a expliqué n’avoir pas réinventé la vie des trois autrices, mais avoir simplement mêlé de véritables éléments historiques à son intrigue policière. Elle y décrit entre autres leur relation avec leur frère Brandwell, alcoolique, et quelque peu dépressif au moment de l’histoire. Leur appétit d’écriture, élément central et commun de leur vie. Leur attachement profond.

Mais aussi, leur conscience de la condition féminine « dans ce monde où l’on considère les femmes comme de simples biens matériels, où les hommes ont le droit de battre leurs épouses, de s’imposer à elles par la force, de les tuer en toute impunité, il est temps que quelqu’un s’empare du problème et que les choses changent. »

J’ai une idée, Charlotte. Et une bonne. Si bonne que je dois la noter immédiatement avant qu’elle ne m’échappe. Laisse-moi passer. 

Mon avis

Je me méfie toujours des romans qui exploitent le nom de romanciers connus, les embarquant dans des intrigues peu convaincantes. L’enquête qu’ils doivent résoudre y est souvent simpliste et mal ficelée. Leurs protagonistes célèbres servent alors de faire-valoir sans grand intérêt.

Rien n’est moins vrai dans ce premier tome de la série. Tous les ingrédients sont réunis pour un bon cosy crime où se mêlent habilement les personnalités des trois sœurs et les détails historiques de leur vie. Cette première enquête des sœurs Brontë est follement divertissante. Un roman parfait pour les jours de grisailles où l’on a besoin de s’échapper. Vivement la suite !

Ma note


Si vous avez aimé ce titre, vous aimerez sans doute (et inversement) :

Un cadavre sur le sable de Joséphine Tey, La série des Jane Austen de Stephanie Barron, La dame en blanc de Wilkie Collins et Les mystères de la forêt d’Ann Radcliffe.

Et vous, aimez-vous les cosy crime à l’atmosphère lugubre ?

 

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